La création de la valeur économique en mode numérique

Je suis vivement intéressé par la question de la *création de la valeur économique* dans le mode de production contemporain fortement marqué par la présence des *technologies numériques*. Il me semble que nous pouvons identifier au moins deux caractéristiques singulières de ce mode de production numérique.

D’une part, le bien informationnel n’est pas tout à fait une marchandise comme les autres puisque je peux le vendre ou le donner et en même temps, je le conserve (exemple: je distribue un fichier mp3 mais il est toujours sur mon disque dur). D’autre part, Internet a généré au fil du temps une véritable « culture de la contribution » qui rend obsolète toute réflexion sociologico-économique qui ne prendrait en compte que les seules valeur d’usage et valeur d’échange pour saisir comment est créée la valeur économique dans le mode numérique. En ce sens, la « valeur de lien » suggérée par Jacques T. Godbout (Ce qui circule entre nous, Seuil, 2007) est intéressante pour cerner ce phénomène de la contribution cognitive en ligne (exemple: j’évalue / je commente un resto, un livre, un bien de consommation, etc. et je diffuse cette information via des plateformes internet). Les « collectifs en ligne » (appelés aussi – mais abusivement – « communautés virtuelles ») sont en quelque sorte un nouveau support social permettant de générer cette « valeur de lien ». Continuer la lecture

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WikiLeaks: l’idéologie de la communication en action

Voici le compte-rendu in extenso d’une entrevue accordée le 20 décembre 2010 au journaliste indépendant Vincent Rességuier. Des extraits de cette entrevue seront publiés dans le magazine Le Trente, organe de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

WikiLeaks ou l’idéologie de la communication en action

 – Questions à Serge Proulx

WikiLeaks se présente comme une forme de journalisme citoyen ou journalisme participatif. Avec la publication des câbles diplomatiques américains, soit des documents qui ont été en quelque sorte dérobés, est-ce que l’on peut y voir une forme plus virulente du genre ?

Serge Proulx: Je n’emploierais pas spontanément les termes « journalisme citoyen » ou « journalisme participatif » pour décrire les actions du site WikiLeaks. Il s’agit d’un site dont l’objectif est de disséminer vers le grand public de l’information jusque-là cachée aux publics par les gouvernements ou par les grandes entreprises (informations secrètes ou « classifiées »). Le projet de WikiLeaks est de s’attaquer au pouvoir des États et des grandes corporations. Nous sommes ici davantage dans une tradition de pratiques hackers. Le site WikiLeaks est un site activiste plutôt que journalistique. D’ailleurs, Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, citoyen australien qui a 39 ans aujourd’hui, est devenu hacker dès l’âge de 16 ans: il avait piraté à l’époque le site de Nortel et ceux du Ministère américain de la Défense. À la même époque, il avait fondé le groupe des « subversifs internationaux ». Il a été l’objet en 1991 de 31 chefs d’accusation liés à des pratiques de piratage informatique, mais il a été libéré faute de preuves. Dans le cas du journalisme citoyen ou participatif, il s’agit plutôt de pratiques de production, de traitement ou de diffusion d’information qui se rapprochent plus directement de l’univers journalistique. Les journalistes citoyens sont des internautes qui ne sont pas des journalistes professionnels mais qui utilisent les outils du Web 2.0 pour développer des pratiques d’information et de communication alternatives. De simples utilisateurs participent ainsi de façon coopérative à la publication en ligne et au traitement d’une information de type journalistique. Continuer la lecture

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Ouvrages (colonne de droite)

Ouvrages

La contribution en ligne.Pratiques participatives à l’ère du capitalisme informationnel (direction de l’ouvrage avec José Luis Garcia et Lorna Heaton). Continuer la lecture

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