Participer à l’ère numérique : une puissance d’agir fragile et paradoxale

Conférence inaugurale (São Leopoldo, Brazil, 8 avril 2013)

SOMMAIRE

Dans quelle société vivons-nous aujourd’hui ? Qu’est devenue la promesse de cette « société en réseaux » associée à la dissémination d’Internet ? Le temps est venu de formuler une critique systématique de cette idée de « société en réseaux » à l’aune des développements contemporains. Tout se passe comme si nous étions contraints de « participer » à l’ère numérique. Mais que veut dire « participer » d’un point de vue culturel et d’un point de vue politique? Dans quelles circonstances et à quelles conditions pouvons-nous prétendre au développement d’une véritable « culture de la participation »? Devant la multiplication des blogs et des réseaux socionumériques, quelles conséquences la prolifération de ces dispositifs sociotechniques peut-elle avoir pour le fonctionnement de la démocratie? Le surgissement des « médias sociaux » ne serait-il que le produit d’un « effet de mode » ou, au contraire, ces nouveaux médias sont-ils là pour rester? Une « culture du bavardage en ligne » occupe les jeunes et les moins jeunes. Les dispositifs numériques ont fait naître une obsession de la présentation de soi : chaque internaute agit sous la contrainte d’une injonction à un « marketing de soi », à une « audienciation de soi », c’est-à-dire que chaque usager cherche à parler à des « audiences » personnalisées (« publics en réseaux » ou « communautés ») de manière à gagner en réputation et en reconnaissance auprès de ses pairs.

Les espaces numériques souffrent d’une surcharge communicationnelle et informationnelle. Les internautes semblent éprouver une perte de repères solides pour bien cartographier l’information et pour pouvoir « faire sens » de tous ces messages qui circulent dans le cyberespace. Que veut dire « participer activement » au développement du monde avec les outils numériques? Cette question renvoie à l’identification des conditions nécessaires pour le déploiement d’une puissance d’agir citoyenne (empowerment) dans un monde fortement connecté. Nous proposerons un cadre pour penser une capacité d’agir distribuée entre acteurs aux compétences diverses mobilisées au gré des luttes et conjonctures (hétérarchie). Cette agentivité citoyenne s’appuie sur les différents moyens techniques disponibles dans une situation donnée, moyens mobilisés en association avec d’autres acteurs et d’autres collectifs. Dans un contexte de transformation de l’univers numérique (dispositifs plus intelligents, pouvoir invisible important des algorithmes ancrés dans les dispositifs, émergence des technologies numériques invisibles) où la puissance d’agir citoyenne apparaît fragile et paradoxale, le temps est venu de reconsidérer la dialectique de l’aliénation et de l’émancipation au temps d’un capitalisme cognitif, tout comme la problématique de l’appropriation individuelle et sociale des technologies de l’information et de la communication.

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