Internet et la capacité d’agir politiquement

Une journaliste du journal Métro (Montréal) m’a demandé de répondre à la question « Internet nous rend-il con? ». Voici la réponse que j’ai fournie, publiée dans l’édition du 8 août 2011:

Votre question me rappelait le titre d’un numéro de la revue Books lu l’an dernier. Aussi j’ai tapé la phrase « Internet rend-t-il bête? » dans mon moteur de recherche et j’ai obtenu près de 2 950 000 résultats en 18 centièmes de seconde. Nous voilà devant un premier constat intéressant : Internet nous place devant des montagnes d’informations. La question centrale c’est: « comment faire pour choisir, dans toute cette masse de messages, l’information qui convient, l’information qui répondra à ma question? ». Encore faut-il avoir une question… Beaucoup de découvertes sur Internet se font en effet à travers des activités d’exploration qui se déroulent au hasard des hyperliens rencontrés sur sa route d’internaute.

La question des critères de sélection des informations qui conviennent, est une question vitale pour ne pas mourir idiot dans l’univers Internet. Des amis, des proches, des parents, des journalistes, des enseignants qui pratiquent Internet peuvent agir comme des mentors pour guider les internautes, par exemple vers des communautés d’autres personnes intéressées par des questions d’intérêt commun. Je pense par exemple à des femmes en France réunies depuis plusieurs années autour du thème de la Naissance. Leurs échanges sur ces listes de discussion ont permis à ces femmes collectivement, d’apprendre plein d’infos et de trucs sur l’accouchement, la manière de soigner les bébés, etc.

Exemple d’une autre liste de discussion : des parents d’enfants autistes échangent depuis plusieurs années. Ces échanges en ligne à propos des comportements de leurs enfants, leur ont permis de se rendre compte collectivement que les diagnostics des psychiatres et psychanalystes (qui font autorité en France sur la question de l’autisme) n’étaient pas nécessairement les plus justes. Ces parents se sont réunis dans des lieux publics physiques, hors l’Internet, pour discuter des possibilités d’intervenir concrètement au niveau des politiques concernant la gestion sociale de l’autisme. On voit comment l’outil Internet, bien utilisé, peut contribuer à donner du pouvoir à des groupes d’individus jusque-là privés d’une capacité d’agir politiquement.

Powered by Qumana

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *